29 septembre 2009

Le sac à dos à Falardeau

Le décès de Pierre Falardeau m'a laissé bouche bée.

Incapable d'écrire.Une espèce de retenue inexplicable.

J'ai cependant lu tout ce que j'ai pu trouver. Plus je lisais, plus ma retenue augmentait. Non, je ne trouvais pas, alors je me suis abstenu.

Heureusement !

Je tiens à partager avec vous ce que je viens de lire à ce sujet. C'est vraiment ce que j'ai lu de plus beau, de plus authentique; un moment d'intimité qui décrit l'homme mieux que personne n'a su le faire.

Je partage donc avec vous ce texte, trouvé sur
Vigile.net.


(Pierre Falardeau à Tout le monde en parle - Photo Radio-Canada)


Auteur : André Vincent
Tribune libre de Vigile
Mardi 29 septembre 2009
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Le sac à dos à Falardeau


Je ne connaissais pas Pierre Falardeau, enfin pas vraiment, que pour lui avoir parlé à quelques occasions, sur un coin de rue ou dans une assemblée publique. Mais on avait comme qui dirait des visages qu’on s’connait...
Quand je parlais de lui, je disais toujours « mon ami Falardeau ». Surtout pas pour me grandir de son personnage tel un groopie, mais parce c’est ainsi que je le sentais. Il était de ces êtres qu’on aime de suite, de ces êtres qu’on frôle par moment sans que la vie ne nous permette jamais de les embrasser dans nos bras.
Je savais qu’il était malade et, dernièrement, ma nièce m’a fait parvenir un courriel dans lequel elle me disait que « ton ami Falardeau » est dans la même chambre que mon amie Sylvie à Notre-Dame... ». Quelques jours plus tard, je lui ai fait parvenir ce message :
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24 août 2009

Et alors ? Donne-moi un son de cloche. Ça fait deux jours que je vois Falardeau et ta Sylvie dans ma tête, couchés dans la même chambre d’hôpital, en jaquette bleue, bordés de soins palliatifs... J’en ai même rêvé.
Et mon vieil ami Denis hier... Pour Pierre, je savais depuis un moment, un de ses amis me l’avait dit et depuis quelque temps, je ne le voyais plus sur Mont-Royal... jaser avec les gens et je me disais... j’espérais....
Putain de crabe !
Tonton
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25 août 2009

Allo Tonton,
Ton ami Falardeau y va pas du tout. Il a vu au moins 10 médecins hier. Des oncologues, des spécialistes, même des psy...Il a posé des questions et ils ont répondu : « Pas beau » ! ls parlent de métastases un peu partout, dans le bedon et peut-être même au cerveau. Il a très mal au dos, aux os....bref... Il voulait de la chimio, mais les docs ont refusé. Ça n’aurait rien donné.
Lui, il était fort devant eux. Il a dit à un des docs : « Moé t’sé, si j’peux plus penser, si j’peux plus écrire, ben j’aime mieux mourir... ». Il rigolait même. Il n’a pas versé une larme. Toute une pléiade de spécialistes venait le voir pour le voir.... Une petite conne est venue lui demander ce qu’il faisait comme travail. Il lui a répondu : « Je pense ».
Il était fort et patient. Mais quand ce cirque est parti, son regard tombait dans une sorte de vide. J’oublierai jamais ces yeux-là. On a pas beaucoup parlé. Quelques formalités tout au plus, je lui passais quelques revues, lui rendais quelques services. J’ai réussi à stopper quelques préposés pour qu’ils le laissent un peu dormir. Crisse qu’y sont fatigantes des fois dans les hôpitaux !
Puis vers 15 h, les infirmiers sont venus le chercher pour le transfert aux soins palliatifs. Couché sur un lit blanc avec son sac à dos pour seul bagage, à la sortie il m’a regardé et m’a dit "Salut" avec un sérieux qui sonne comme un coup de poing dans l’coeur, comme s’il quittait le monde des vivants pour aller vers la mort, mais lentement...
J’oublierai pas cette journée de si tôt.
Bisou Miss xx
P.S. L’image de ce sac à dos restera gravée dans ma mémoire toute ma vie...

En fait, notre pays, nous l'avons, mais nous n'osons pas en prendre possession !

À nous d'agir et de cesser d'avoir peur !