Gare au gorille... La fin du fédéralisme rentable !
Mercredi 20 juillet 2011
Les Américains ont une expression imagée pour parler d’un sujet très important dont personne ne veut reconnaître l’existence. C’est le « 800 pound gorilla in the room ».
Figurez-vous donc que la crise financière de 2008 a justement eu pour effet d’envoyer choir un gorille de 400 kg sur les genoux du gouvernement fédéral et des provinces qui menace même la survie du pays, s’il faut en croire une étude réalisée par le professeur Tom Courchesne de l’Université Queen’s, un éminent spécialiste des relations fédérales-provinciales.
Only Quebec, which takes in $7.8-billion in such payments, receives more.
More ominously, Ontario’s burgeoning take threatens to destabilize Confederation, says one of the country’s leading academics, by creating problems for Quebec, Manitoba and the Atlantic provinces.
L’Ontario en train de s’effriter ! On croit rêver. C’est pourtant exactement la situation que je vous ai annoncée dans deux textes diffusés sur Vigile le mois dernier : « Attention, M. Charest ! La Reine est toute nue », et « Terminus : Tout l’monde descend ! » Ne me manquait que la confirmation du Canada anglais de la justesse de mon analyse. Avec la chronique de Jeffrey Simpson, c’est maintenant chose faite. Et soyez assuré que lorsqu’il recevra un petit appel d’Ottawa pour lui souligner l’usage que les indépendantistes québécois peuvent faire de ses propos stratégiquement inopportuns, il reviendra sur ses propos pour tenter de les atténuer. C’est en fait comme ça que les choses se passent dans ce « beau » pays qu’on voudrait tant à Ottawa qu’il soit aussi le nôtre.
Mais revenons sur les chiffres du budget ontarien pour tenter de comprendre un peu mieux ce qui se passe. Après un déficit pour l’année en cours qui avoisine les 21 milliards, le ministre des Finances de l’Ontario, avec ses lunettes les plus roses, prévoit une accumulation de déficits pour un total de plus de 100 milliards au cours des six prochaines années. Et il s’agit de prévisions auxquelles les observateurs informés n’accordent aucune crédibilité car elles reposent sur des hypothèses beaucoup trop optimistes quant à l’évolution des taux d’intérêt, au rythme de progression des dépenses de santé, à l’inflation, à la capacité de la province de contrôler les salaires de sa fonction publique, à la capacité du gouvernement fédéral de maintenir ses transferts aux niveaux actuels, pour ne nommer que les facteurs les plus importants.
D’ici trois ou quatre ans seulement, le fardeau de la dette de l’Ontario en proportion de son PIB aura rejoint le niveau de celui du Québec. Dans un tel contexte, on peut facilement comprendre que tous les avantages de l’Ontario sur le Québec vont fondre comme neige au soleil, et que le Québec se trouvera alors en bien meilleure position que l’Ontario du fait de son hydro-électricité alors que l’Ontario sera prise avec son éléphant blanc du nucléaire.
En fait, et on la voit maintenant foncer sur nous comme un autobus, la prochaine crise du système fédéral sera celle de la capacité d’Ottawa, dans le contexte de la crise financière dont le début remonte à 2008, de maintenir les transferts aux provinces. En 2008-2009, l’Ontario a reçu un peu plus de 16,5 milliards, et ce chiffre n’incluait aucune somme au titre de la péréquation. En 2010, le montant ses transferts fédéraux à l’Ontario atteindra les 23 milliards si le fédéral est en mesure de maintenir son effort au niveau actuel, ce qui dépendra largement de la conjoncture des prochains mois. Vu le degré d’inter-relation de l’économie ontarienne avec l’économie américaine (80%), toute lenteur ou simplement langueur dans la reprise aux États-Unis aura des conséquences très graves sur la croissance au Canada. Et il existe maintenant des signes que ce sera le cas.Dans les années qui viennent, la preuve de la rentabilité du fédéralisme va être très difficile à faire, et la preuve de sa non rentabilité va être beaucoup plus facile à faire. C’est aussi la fin du chantage à l’exode, car la vie ne sera pas plus facile ailleurs. En fait, elle pourrait même l’être moins, si l’on en juge par le renversement de négatif à positif du solde migratoire interprovincial depuis deux ou trois ans. Quand je dis que la conjoncture ne sera jamais meilleure pour que le Québec devienne indépendant, c’est de ça que je parle. J’espère qu’il y a quelqu’un qui m’entend.



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